Préparation du terrain par occultation #2

Bonjour à tous !

Voilà huit mois que les essais concernant la technique de préparation et désherbage par occultation ont commencé… Il est temps de revenir sur le sujet et d’aborder la question fatidique : est-ce que ça fonctionne ?

Je vais essayer d’être la plus objective possible concernant ce test (et tous les autres !) alors je préfère commencer par une petite récap’ de la procédure, puis aborder les points négatifs, les positifs et les choses à tester et améliorer, histoire de finir sur un peu d’optimisme 😉

Le test : utilisation de bâches opaques en plastique pour la technique d’occultation

Souvenez-vous, j’ai commencé la saison fin février, par la pose de bâches opaques en plastique sur les zones que je souhaitais cultiver par la suite. Pour vous aider, vous pouvez (re)lire l’article précédent sur le sujet. En résumé, j’avais lu/vu à plusieurs reprises différentes personnes utilisant la technique de l’occultation pour préparer ou désherber une future zone de culture. Je souhaitais essayer d’appliquer cette technique à mon terrain, car je partais d’une prairie de pâture à vaches particulièrement vigoureuse (!) et que je ne souhaitais pas travailler mon sol de façon « conventionnelle » pour des raisons que je prendrais le temps d’expliquer dans un futur article (je suis étonnée de ne pas en avoir déjà écrit une tartine !).

Il existe différentes façons d’occulter le sol, l’effet recherché étant d’empêcher la lumière d’atteindre le sol pour limiter la pousse des adventices et garder un sol prêt à recevoir les plantes cultivées. Je n’avais pas de matériaux naturels disponibles en grande quantité (paille, brf -bois raméal fragmenté, cartons non traités…), ni de temps devant moi avant le début de la saison, j’ai donc fait le choix d’utiliser de grandes bâches opaques, étalées sur les zones à cultiver, et fixées au sol par de petits pieux.

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Bâches posées fin février, entre deux chutes de neige

Résultats : un désherbage efficace ?

 

Pour cette question, la réponse est très claire : oui.

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Le haut du lopin est juste « scalpé » pour retirer les derniers tapis d’herbe séchée… temps de travail : 1h pour 40 m² prêts à semer !

Oui, la technique d’occultation par bâche donne de très bons résultats pour désherber une zone donnée. L’action est simple : pas d’accès à la lumière ni à la pluie, et une chaleur avoisinant les 45-50 degrés, les plantes sont séchées, et ne repartent pas de sitôt ! C’est simple, j’ai actuellement un lopin (zone cultivée de la taille d’une bâche !) qui a été débâché fin juillet, puis agrémenté de petits plants de chicorées, et en un mois et demi, je n’ai pas eu à désherber (et ça continue !)

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Mon lopin de chicorées, avec les plus anciennes en haut : 1 mois et demi depuis le débâchage

La question ne porte pas tant sur l’efficacité de la technique, mais plus sur les conditions qui optimisent les effets de l’occultation par bâche (ou celles qui peuvent l’amoindrir…)

Et là, se pose la grande question du temps de pose des bâches. Il était intéressant pour moi de pouvoir estimer un temps d’action, pour prévoir la pose des bâches à la bonne période, et permettre les semis et plantations comme prévu.

Comme je le disais, j’ai placé ces bâchés en février. Les personnes utilisant cette technique d’occultation par bâche indiquaient avoir à les laisser en place trois semaines à un mois pour obtenir un résultat satisfaisant. J’ai été un peu déçue de constater que fin mars, le résultat n’était pas celui que j’attendais : les herbes étaient certes moins vigoureuses, mais couvraient encore bien le sol, et s’arrachaient encore assez difficilement… A ce moment là, j’ai trouvé la technique peu efficace. J’ai attrapé ma serfouette, et préparé le sol de deux lopins « à l’ancienne » en retirant les herbes presque unes par unes (j’ai cru, à ce moment, que je passerai mon printemps le dos courbé 😉 )

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Un mois d’occultation au printemps : l’occultation fait son petit effet… mais ce n’est pas assez !

En retirant une nouvelle bâche un peu plus tard, j’ai constaté une amélioration. J’ai alors compris que si les résultats étaient si décevant sous les premières bâches, c’est simplement que l’action n’était pas finie (oui, les choses les plus logiques ne nous apparaissent pas toujours tout de suite !).

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Retrait de bâche début mai : c’est franchement mieux !

J’ai donc pris deux décisions :

  • attendre le plus possible avant de débâcher

  • remettre des bâches pour poursuivre le test

Moi qui croyais que les essais d’occultation par bâche tiendraient place uniquement au début de la saison, je les ai finalement poursuivis jusqu’à maintenant !

Au bout de ces quelques mois, j’ai pu estimer les « temps de pose » suivants :

  • pour une bâche posée avant juin, compter 2 mois minimum avant d’avoir un bon résultat. Pourquoi ? Certes, il n’y a pas de lumière, alors les adventices germent, poussent, et s’étiolent, on obtient un effet de faux-semis assez rapidement. Seulement voilà, les herbes qui étaient déjà en place avant, ne sont que très peu affaiblies par un manque de lumière pendant un mois. Dès la bâche retirée, elle reprennent du service à une vitesse incroyable (le lendemain, elles semblent déjà plus vertes…)
  • pour une bâche posée à partir de juin, un mois suffit ! (et parfois largement…) Eh oui, dès que le soleil d’été commence à chauffer comme il faut, l’efficacité est décuplée ! Sous certaines bâches, je n’avais même pas besoin de gratter pour voir le sol apparaître.

Bien sûr, il s’agit de « mon » mois de juin. Il est certain que si vous avez un climat plus clément, cela peut certainement se décaler au mois de mai ! L’important est que le soleil soit bien chauffant, et que les nuits ne cassent pas tout le travail en faisant chuter la température trop fortement.

Je suis rapidement revenue sur mon idée d’attendre le plus possible avant de débâcher. En effet, forte de cette décision, et alors même que j’avais constaté l’efficacité d’un mois de bâche en été, j’avais laissé deux bâches posées en février pour voir à quel point la longue durée serait favorable… Grossière erreur ! Certes, l’effet est encore plus efficace, mais on atteint rapidement – et encore plus en été, une sorte d’efficacité « optimale » qui rend toute semaine supplémentaire superflue. Si ce n’était que superflu, ce ne serait pas si grave, seulement voilà, au bout d’un moment, les bâches subissent elles-aussi les méfaits du soleil.

C’était une de mes craintes au début, puisque j’avais déjà pu voir des bâches se désagréger complètement sous l’action du soleil en deux ou trois ans. J’avais alors pris la décision de choisir des bâches faites pour être laissées en extérieur (ce qui n’est pas toujours le cas), et au tissage assez dense (240 g/m² pour les infos techniques). Je pensais que cela allait suffire, mais je me trompais lourdement. Ces bâches pourtant faites pour rester plusieurs années en usage extérieur (pour recouvrir des tas de bois par exemple), n’ont pas résisté à un été à Villard-Reymond !

Heureusement, elles ne se sont pas désagrégées et réduite en poussière (merci les résidus de plastique dans les sols…) mais sont simplement devenues sensibles à l’arrachement – notamment lorsque le chat Fripouille s’amuse à courir à pleine vitesse dessus. Je me suis d’abord dit que j’avais vraiment choisi de la mauvaise qualité, et finalement, en me renseignant encore plus en détail, j’ai réalisé à quel point le travail des UV pouvait être efficace lui aussi ! Je savais bien sûr que les rayonnements UV étaient plus nombreux à la montagne, mais je n’imaginais pas à quel point : 4% d’UV en plus, tous les 300 mètres d’altitude passés ! Après un rapide calcul de pourcentages -que je vous épargne, on arrive à environ 18% d’UV en plus à 1600 mètres d’altitude. A ce stade, je comprenais mieux la fragilité de mes bâches…

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Eh hop : des UV + un chat + du vent = une belle bâche déchirée…

Finalement, les bâches sont très intéressantes pour un usage d’occultation, lorsque le soleil « tape », si on les laisse suffisamment longtemps pour que l’action soit vraiment efficace, mais aussi si on ne les laisse pas trop longtemps pour pouvoir les utiliser plusieurs années de suite…

Conseils quant au choix de l’occultation

Si vous hésitez entre la méthode « conventionnelle » de fauchage le plus ras possible, puis labour, ratissage et affinage de la terre, et une méthode de préparation du terrain par occultation prenez avant tout en compte la période à laquelle vous vous trouvez.

Si c’est le printemps, et que vous disposez de peu de temps avant de commencer les semis et les plantations, et que vous voulez absolument avoir de bons résultats dès cette année, choisissez le conventionnel (je ne risque pas de vous le conseiller souvent !). En effet, je suppose – et j’espère, que les effets négatifs du travail du sol sont moindre et surtout rattrapables rapidement s’il est effectué une seule fois. Alors pour un lancement rapide et plus tranquillisant, labourez ou bêchez et cultivez une première saison plus sereinement. Mais attention, c’est juste pour débuter, retournez vite aux techniques plus respectueuses du sol (par pitié !!). Bien sûr, vous pouvez également faire comme moi et accepter un travail manuel plus important, ou que vos récoltes printanières soient un peu décalées et moins abondantes, et pourquoi pas faire quelques tests de votre côté 😉

Si c’est l’été, vous le savez, votre saison est déjà bien entamée, alors n’essayez pas de viser une énorme production en bâclant la préparation du sol. La technique des bâches est alors idéale : efficace en quelques semaines sans efforts, elle vous permettra de semer et planter rapidement, notamment pour les récoltes d’automne et d’hiver !

Si vous êtes en automne, et que les derniers semis possibles sont passés, penchez-vous fortement sur la préparation par occultation à l’aide de matériaux naturels. Je n’ai pas pu tester cette année, puisque mes terrains ont été disponibles en janvier, mais je vais pouvoir m’y atteler très bientôt ! En effet, cela reste pour moi la solution idéale, puisque entièrement naturelle.

Si vous êtes en hiver, vous avez deux possibilités : soit appliquer les conseils du printemps, soit tenter les conseils d’automne… Dans tous les cas, n’utilisez pas de bâches ! Les saisons d’automne et d’hiver sont généralement assez pluvieuses, elles permettent de garantir une bonne teneur en eau dans le sol (notamment grâce à la neige !). Si vous bâchez votre sol à ce moment là, vous empêcherez une grande partie de l’eau de pénétrer dans le sol. Alors que si vous utilisez un matériau naturel, vous n’aurez pas ce problème. De plus, l’effet de chaleur qui rend les bâches particulièrement efficaces est vraiment moindre en hiver : inutile d’espérer un bon résultat, et encore moins un résultat rapide. Donc même si les matériaux naturels ne produisent pas cet effet de chaleur, ils restent l’alternative la plus efficace sur le long terme. Reste à en trouver suffisamment pour former une couche assez épaisse sur la surface dont vous disposez !

C’est le gros problème lorsqu’on parle d’occultation par ajout d’une couche de matériau naturel : trouver ce matériau en quantité suffisante ! Mais si vous en disposez, c’est vers cette solution qu’il faut se tourner. Je vous parlerai de ses avantages et de son application dans un prochain article !

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