Viva la milpa ! Culture des trois sœurs…

  C’est LE premier exemple pris lorsqu’on parle de culture associées et de plantes compagnes : l’association maïs-haricot-courge aussi appelée “culture des trois sœurs” ou encore milpa. Plongeons dans cette “forêt” nourricière !

Quel que soit son nom, cette association ancestrale est originaire d’Amérique, et elle existait bien avant que l’on connaisse le maïs, le haricot, ou la courge en Europe… On sait que les Mayas pratiquaient déjà ce type de culture, tous comme les Iroquois : on peut imaginer que tous les peuples d’Amérique, depuis des millénaires, cultivaient le maïs, le haricot et la courge de cette façon. Ce qui est le plus impressionnant, c’est que cette culture a perduré jusqu’à nos jours. C’est toujours la même façon de faire ! Malheureusement, elle tend à être complètement balayée et remplacée par des monocultures de chacune de ces plantes, et ce depuis les années 50 avec l’arrivée de l’industrialisation massive de l’agriculture. Mais heureusement, des paysans se battent pour conserver cette façon de cultiver le maïs, le haricot et la courge ensemble, et pas uniquement parce que c’est traditionnel. Ce type de culture a énormément d’avantages, qu’ils soient nutritionnels, sociaux et environnementaux.

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Un rang de milpa à la Ferme du champ perché

La milpa : un équilibre sur tous les points !

D’un point de vue nutritionnel, le maïs, le haricot et la courge sont complémentaires. Consommés ensemble, ils constituent un régime alimentaire équilibré, apportant les protéines, vitamines et minéraux nécessaires. Ce n’est donc pas par hasard que cette culture des trois sœurs a été LA culture reine des différents peuples d’Amérique.

D’un point de vue social, cette culture a toujours fait vivre des villages entiers. Elle demande un travail certain à l’installation et aux récoltes, mais à plusieurs, tout va plus vite, et surtout, tout le monde peut en vivre, puisque les récoltes sont partagées parmi les travailleurs, les récoltes de fin d’été et d’automne permettent de constituer des stocks consommés tout le reste de l’année.

Avec l’industrialisation de l’agriculture, le maïs est cultivé sur des centaines d’hectares, par un homme sur un tracteur géant. Les récoltes ne servent pas à nourrir les hommes, mais sont exportées pour fabriquer des farines destinées aux animaux. On abandonne les haricots et les courges, moins rentables économiquement que le maïs, et on monopolise les terrains, pour exporter la production. Ainsi, localement, de moins en moins de terres sont allouées à l’agriculture nourricière locale, mais plus au marché mondial. Imaginez, les agriculteurs et les villageois sont obligés d’acheter leur nourriture, en important à grands frais, parce qu’ils ne la produisent plus localement. Ah, attendez… c’est pareil chez nous ! 😉

La milpa c’est la simplicité au rendez-vous !

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courge vers le haut, maïs et haricots mêlés vers le bas : l’association est serrée !

Et cela rejoint les remarques que l’on peut faire d’un point de vue environnemental. La milpa, ça ne demande qu’une chose : des graines. Chaque année, les meilleurs plants sont repérés, et leurs semences récupérées : c’est la sélection. Ces semences sont réutilisées l’année suivante, et le processus se répète à l’infini. Ajoutez à cela le travail manuel de préparation de terrain, de semis, d’entretien et de récolte, et vous avez la totalité des actions liées à cette culture.

Pas d’engrais, puisque les “déchets” de culture sont laissées sur place, et se décomposent d’année en année. Pas d’insecticides, de fongicides, et autres pesticides, puisque les plantes se protègent entre elles, et créent un milieu très diversifié. L’équilibre est maintenu, par exemple entre les insectes “ravageurs” et ceux qui s’en nourrissent. Ainsi, les pertes sont minimes, et la production est maximale. Pas d’arrosage non plus, car les plantes créent un couvert permanent du sol, limitant l’évaporation et favorisant l’absorption de l’eau par le sol. De plus la terre est riche et humifère, et retient donc très bien l’eau.

Dérives économiques pour maîtriser le vivant

En comparaison, l’agriculture industrialisée perd sur tous les points. Des milliers de litres d’eau à l’hectare, idem pour les pesticides, le pétrole pour faire tourner les énormes machines, sans compter les emprunts pharaoniques pour financer tout ça (et la spéculation boursière qui s’en suit…). Et cerise sur le gâteau, le travail des multinationales agricoles, qui affaiblissent le milieu végétal (et l’humanité), en ne commercialisant que quelques “super variétés”, longuement travaillées -notamment par modifications génétiques, qui sont trop fragiles pour pousser sans intrants (pratique, lorsqu’on vend également ces intrants…).

Ces “super variétés” ne peuvent généralement pas se reproduire avec les mêmes qualités sélectionnées, et – encore pire ! – un brevet est déposé sur ces semences, afin que l’on ne puisse pas les reproduire sans se trouver hors la loi ! Ces techniques honteuses de brevetage du vivant forcent les agriculteurs à racheter des semences chaque année. Les agriculteurs se retrouvent complètement coincés : leurs anciennes variétés disparaissent, et les semences des “super variétés” vendues sont toujours plus chères.

Ces “super variétés” sont également censées être plus productives que les autres. Mais dans les faits, les conditions “optimales” de culture de ces variétés sont rarement réunies, et les rendements de production chutent invariablement. Les sols sont affaiblis et leur vie tend vers zéro à cause des intrants. La solution trouvée ? Ajouter plus d’engrais. Et le cercle vicieux s’installe, dégrade les rendements et les sols, et n’améliore qu’une chose : les bénéfices des multinationales agricoles, qui obtiennent des monopoles internationaux, et ce au dépend de la biodiversité, de la qualité de l’environnement, et de l’agriculteur qui ne peut plus vivre de sa production.

La Milpa : une association pour un jardinier heureux !

Mais revenons à notre milpa pour l’observer du point de vue du jardinier. L’association si efficace sur bien des points fonctionne simplement : le maïs sert de tuteur aux haricots, et permet donc une production optimisée sur une surface donnée. Le haricot forme des sortes de nodules sur ses racines, nodules qui  permettent l’assimilation de l’azote de l’air par un travail bactériologique (une symbiose, donc). Cet azote devient alors accessible dans le sol, aux plantes qui en ont plus besoin que le haricot, à savoir le maïs, et surtout les courges. Ces dernières profitent donc de ce généreux voisin pour se développer à ses pieds, couvrant ainsi le sol de grandes feuilles bien épaisses, faisant office de parasol. Les pieds de haricots et de maïs bénéficient donc d’un ombrage efficace, réduisant l’évaporation de l’eau présente dans le sol. Cela tombe bien, le maïs a de grands besoins en eau… Bref, dans cette association, chacun apporte ce qu’il peut, et chacun trouve son compte ! Et même le jardinier, qui peut laisser cette milpa fonctionner en autonomie en veillant simplement à semer correctement et récolter quand il le faut. Elle est pas belle la vie ?!

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Belle association de plantes, à tester absolument dans votre jardin !

La milpa à la Ferme du champ perché

À la Ferme du champ perché, une expérimentation milpa est en cours, pour savoir si cette association des trois sœurs est fonctionnelle et efficace sous notre climat particulier. A priori, le maïs, le haricot et la courge, peuvent se développer en altitude puisqu’ils sont tous les trois originaires des Andes… Alors, pourquoi se priver d’essayer ?

Je vais dédier un article spécifique au suivi de la méthode milpa sur la ferme, d’année en année, pour voir les évolutions, notamment celles liées à la sélection des graines et à l’adaptation des variétés aux conditions de cultures. Une étude expérimentale à suivre de près 😉

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