Vente directe, circuits courts, filière locale… Qu’est-ce que c’est ?

Bonjour à tous !

Encore une petite vague de froid pour le passage d’avril à mai… Mais elle touche tout le monde, alors je ne me sens pas particulièrement lésée 😉 , surtout qu’elle s’accompagne ici d’un grand soleil (alors on pardonne tout, même les 10cm de neige !)

En attendant le retour de la chaleur printanière, je pense aux jours où mes légumes auront poussé, seront arrivés à maturité, et seront prêts à être dévorés… Et forcément, je pense à leur commercialisation. Ah c’est sûr, ce n’est pas la première fois que j’y pense ! C’est un peu le leitmotiv du montage de projet : “comment vais-je vendre ?” Parce qu’on a beau faire ce qu’on aime, travailler toute la journée à son boulot adoré, si on n’arrive pas à vendre ses produits, on ne peut pas payer ses charges, et encore moins tirer un revenu de son travail et donc en vivre. C’est fondamental : si on veut vivre de son projet il faut vendre.

Vendre et consommer : des gros mots ?

On voit souvent le mot vendre comme un gros mot. On imagine des commerciaux sans scrupules, prêts à écouler n’importe quoi à des consommateurs qui se font complètement avoir. Bon ça arrive, c’est vrai, et bien plus souvent qu’on ne l’imagine ! Mais ça ne devrait pas être la norme. Et pour que ça ne soit plus la norme, c’est à nous d’agir. Quand je dis “nous”, je m’inclus bien dedans, parce qu’avant d’être productrice, je suis comme vous : consommatrice. Bon ce mot là, il est encore plus mal vu que “vendre”. “Consommateur” ça donne l’idée de quelqu’un qui passe ses journées à acheter sans s’en rendre compte, des choses inutiles… vendues par des commerciaux sans scrupules : entre “vendre” et “consommer”, la boucle est bouclée ! Mais encore une fois, ça ne devrait pas être la norme. Et en tant que consommateur, on devrait bien être les premiers à appeler à ne pas être pris pour des moutons, non ? (Et encore, je dévalorise les moutons là…) Alors comment rétablir l’équilibre ? Être des consommateurs avertis, et non roulés dans la farine, et vendre honnêtement, en réduisant en poussière cette notion d’arnaque qui colle aux basques… Vu que je suis nouvellement productrice, j’ai eu envie de commencer par vous parler de la vente… et puis la consommation est naturellement arrivée… Alors je vais lier les deux notions, puisqu’elles sont indissociables !

Par contre, j’aimerais creuser surtout trois notions : celles de « filière locale », de « circuit court » et de « vente directe » des formules que l’on entend de plus en plus souvent, et parfois employées à tort et à travers, parce que ce sont des termes… à la mode.

La filière locale

Ce terme de « filière locale » est directement lié à des questions géographiques. Il ne devrait être employé que lorsque les produits sont fabriqués, transformés et distribués localement. L’exemple « classique » pris pour illustrer cette notion de « filière locale » est celle du cheminement du blé vers le pain. Le blé, est cultivé dans un village donné, et vendu par l’agriculteur à un grossiste du département, qui le fournit à un moulin du coin, qui revend sa farine à un boulanger du village d’à côté, qui alimente notamment l’épicerie à 20km de son fournil… Vous l’avez compris, toutes les étapes de la fabrication et de la commercialisation du pain et de ses ingrédients se déroulent dans un périmètre reconnu comme « local ». Là où la notion se corse, c’est lorsqu’on essaie de définir ce « périmètre local ». Est-ce que cela désigne le département ? la Région ? ou alors un bassin de population donné ? Une zone touristique ?… Et après tout, au niveau mondial, le pays, c’est local… non ?

Finalement, chacun peu jouer de ce terme flou de « local » pour qualifier une filière. Et c’est bien cela le problème. Ce terme de « local » est employé à tort et à travers, parce qu’il est relatif. Chacun lui donne le sens qu’il veut… C’est bien pratique, non ? La bonne nouvelle, c’est que c’est également à vous de choisir votre définition de ce que vous considérez comme « local » 😉

Mais attention, quelle que soit votre acceptation d’une « véritable » filière locale, celle-ci n’implique en aucun cas un circuit court ou une vente directe… vous allez voir.

Le circuit court

La notion de filière locale n’était pas forcément claire, avec la notion de « circuit court » vous allez être servis ! C’est simple, c’est sûrement le terme le plus à la mode et donc le moins bien employé du moment.

Le circuit court désigne normalement un faible nombre d’acteurs entre la première étape de fabrication et l’achat par le consommateur. Ainsi, si on reprend l’exemple du pain, le circuit comprend 5 acteurs : le producteur de blé, le grossiste, le meunier, le boulanger et enfin l’épicier. Pour comparer, prenons un circuit différent, pour un même produit. Un paysan boulanger, cultive son blé, le fait moudre à façon au moulin, fabrique son pain, et le vend à son fournil. Il y a dans ce cas 4 étapes, mais 3 d’entre-elles sont réalisées par le même acteur : le paysan-boulanger. Finalement, il n’y a donc que deux acteurs. Bon, ce n’est pas si difficile à comprendre alors ?

L’affaire se complique, lorsque le terme est employé (à tort!) pour désigner un circuit « de faibles kilomètres » en effet, le faible nombre d’acteurs, n’implique pas forcément peu de kilomètres. Si le paysan boulanger fait moudre son blé à 50 kilomètres de son fournil, le total des kilomètres parcourus entre le grain de blé et le mangeur de tartines est de 100 kilomètres (un aller-retour au moulin). Si dans notre premier exemple à 5 acteurs, l’agriculteur, le grossiste, le meunier, le boulanger et l’épicier se trouvent à 20km l’un de l’autre, on réduit ce kilométrage à 80. On a bien un circuit plus court, qui devient… plus long… et une filière locale… qui n’est pas en circuit court… aïe !

Le problème ? Le terme « court » est inévitablement lié à une longueur, et donc facilement associé au kilomètre, alors que dans ce cas précis de « circuit court » il devrait uniquement être lié à une longueur de chaîne, et donc à un nombre d’acteurs.

Et c’est ce qui explique que les concepts de filières locales et de circuits courts soient souvent confondus, non seulement entre-eux, mais en plus avec des notions de distances parcourues… Alors une bonne fois pour toutes, un circuit court, n’est pas forcément local, et une filière locale, n’est pas forcément courte… que ce soit en nombre d’acteurs ou en kilomètres… A méditer ! 😉

Un autre problème ? La notion de « circuit court » comprend, tout comme la « filière locale » un terme relatif. Eh oui, ça veut dire quoi, « court » ? Un, deux, douze acteurs ? Encore une fois, chacun joue de ce mot imprécis pour fourrer dans le « circuit court » ce qu’il veut.

[Mise à jour du 12/05/2016] Pour éclaircir les choses, le ministère de l’Agriculture a officialisé en 2009 une définition du circuit court, comme étant “un mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire entre l’exploitant et le consommateur.” Seulement voilà, cette définitions autorise encore le vague… et pas qu’un peu !

Premièrement, les termes “producteur” et “exploitant” sont directement associés aux agriculteurs. Les artisans ne sont donc pas inclus dans cette définition officielle du ministère de l’Agriculture, alors qu’ils peuvent également vendre en circuits courts leur pain, leurs bières, leurs poteries… Mais après tout, ils dépendent eux du ministère de l’Économie… chez qui on trouve une définition plus succincte du circuit court : “vente présentant un intermédiaire au plus”. Bon.

Deuxièmement, dans ces deux définitions, le “circuit court” considéré est réduit uniquement à un circuit de commercialisation. Il ne prend donc pas en compte l’ensemble du circuit de fabrication. Certains produits, même alimentaires, nécessitent plusieurs intermédiaires, c’est un fait : ils ne pourront jamais être issus d’un “circuit de fabrication court”. Prenons l’exemple d’une pâtisserie, qui doit se fournir auprès de plusieurs intermédiaires différents (farine, sucre, chocolat, fruits…miam…) elle se trouve dans un circuit de fabrication loin d’être court, mais peut très bien vendre en direct ou par le biais d’un seul intermédiaire et donc rentrer dans la définition “admise par les administrations” d’un circuit court. Pourquoi pas, ne serait-ce pas dommage de ne pas permettre aux pâtisseries d’utiliser le terme “circuit court” ?… Mais dans ce cas, pour des produits pouvant être fabriqués suivant des circuits plus ou moins long (comme le pain, dans les exemples précédents), le terme “circuit court” n’indique absolument plus rien au consommateur, si ce n’est qu’il a acheté son pain au fabricant du pain, ou au seul intermédiaire entre lui et le fabricant du pain… Alors, que vous achetiez votre pain au paysan-boulanger, au boulanger du village, dans une grande enseigne de boulangerie (Paul, La boulange dorée etc.), au rayon boulangerie du supermarché ou encore au dépôt de pain, vous vous trouvez dans un cadre de “circuit court” admis par les administrations. Le “circuit court” devient alors un joli terme marketing… et c’est tout.

Heureusement, un travail d’amélioration de cette définition du circuit court est fait par le Think Tank “le labo de l’Économie Sociale et Solidaire“, et amène à la définition suivante :

Un circuit court est une relation transparente entre plusieurs acteurs de l’économie obéissant à 4 critères incontournables :

  • La création de liens sociaux et de coopération.
  • L’équité dans les échanges financiers.
  • Une approche participative.
  • Une logique pédagogique.

Bon…

On voit bien qu’entre cette définition du labo de l’ESS et celle du ministère de l’Économie (je rappelle : “vente présentant un intermédiaire au plus”) il existe un énooooorme fossé – que dis-je une faille spatio-temporelle… Et je vous avoue que ce n’est pas aujourd’hui que j’arriverai à décortiquer ces quatre critères incontournables pour les appliquer à mon exemple de boulangerie ! Par contre, je m’appliquerai à les appliquer à un exemple de vente de légumes parfaitement compréhensible 😉 (mais pas aujourd’hui quand même, soyez patients !)

Je vous vois déjà marmonner « bah oui mais si on a le choix entre l’inapplicable et le relatif comment est-ce qu’on pourrait s’en sortir nous, avec ces termes soit alambiqués soit « fourre-tout » pour y comprendre quelque chose… » Rassurez-vous, il existe aussi des termes clairs nets et précis ! (ouf!) La « vente directe » est là pour sauver vos courses 😉

La vente directe

La vente directe, c’est simple, vous achetez directement au producteur. Celui qui fait pousser les légumes, les fruits, celui qui fabrique le fromage, le pain, récolte le miel ou élève ses bêtes. Il n’y a aucun intermédiaire, enfin surtout aucun intermédiaire financier en bout de chaîne de production. C’est cette notion qui est très importante, c’est elle qui définit la vente directe.

Dans nos exemples précédents de fabrication de pain, lorsque vous achetez au paysan-boulanger dans son fournil, c’est de la vente directe. C’est facile à comprendre : celui qui fabrique le produit fini (le pain) est celui qui le vend au consommateur. Dans notre premier exemple aux 5 acteurs, vous achetiez le pain à l’épicerie. L’épicerie est un intermédiaire financier, ce n’est pas elle qui a fabriqué le pain : elle le vend, après avoir prélevé une commission financière dessus. Ce n’est donc pas de la vente directe. Par contre, si le boulanger se retrouvait à vendre son pain lui-même, vous vous trouveriez aussi dans un cas de vente directe, puisque vous achèteriez le pain au fabriquant du pain… Compris ?

Un petit exemple pour voir si tout est compris : vous achetez directement des gousses de vanille à un producteur de Madagascar, en lui faisant un petit virement par internet, et les recevez quelques jours plus tard, par la Poste, chez vous. Alors, vente directe, ou pas ?

Oui, vente directe ! Il existe un intermédiaire entre votre producteur et vous : la Poste. Mais ce n’est pas un intermédiaire financier : la Poste ne prend aucune commission sur votre produit (car les frais de port ne sont pas une commission, mais bien un règlement du service de transport de marchandises)

Dernier petit exemple : si vous achetez un meuble directement à l’ébéniste (et donc un meuble réalisé dans son atelier), avec une belle marqueterie de plusieurs bois différents et pourquoi pas exotiques, vous comprenez que vous ne vous trouvez pas dans un cadre de « circuit court » : les acteurs entre les exploitants forestiers des différents bois, les transporteurs, les négociants etc. sont très nombreux ! Pourtant, vous achetez bien vôtre meuble en vente directe.

Finalement, grâce aux gousses de vanille, vous comprenez que la vente directe, n’est pas forcément liée à une filière locale, et grâce à la marqueterie, vous n’associez plus systématiquement vente directe et circuit court… Elle est pas belle la vie ? 😉

Petit récapitulatif pour toujours vous en sortir :

  • Le terme « filière locale » est associé à une chaîne de production et de distribution se déroulant dans un périmètre défini, jugé « local ».
  • Le terme « circuit court » est associé au nombre d’acteurs participant à la production et à la distribution de produits, ce nombre étant jugé « court », ou alors au nombre d’intermédiaires de vente, ou alors à quatre critères incontournables d’ESS… bref, il faut bien l’avouer, à tout et n’importe quoi pour le moment…
  • Le terme « vente directe » est associé à une vente réalisée par le producteur, sans intermédiaire financier avec le consommateur.

Vous allez me dire : c’est bien beau de savoir faire la différence, mais qu’est-ce que ça change, de consommer en filière locale, en circuit court, ou en vente directe ?

Eh bien il va falloir être patients, je vous en dirais plus une prochaine fois 😉

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