Préparation du terrain par occultation

Bonjour à tous !

Ça y est, le mois de mars a commencé. J’aime le mois de mars, parce que c’est le mois du printemps ! J’aime toutes les saisons, et j’apprécie l’hiver, peut-être plus que l’été, pour son calme et sa fraîcheur -voire son froid polaire. Mais ça, je vous en parlerai plus tard ! Parce qu’avec l’arrivée du mois de mars, je reste obnubilée par le printemps qui va pointer le bout de son nez…

Certes, ce n’est pas pour tout de suite, et la petite neige qui tombe devant mes fenêtres est là pour me le rappeler. Mais il faut quand même s’y préparer, parce que le printemps, il n’arrive pas sur la pointe des pieds, à reculons et en charentaises, non non, il se pointe sans prévenir, et sans pincettes, d’un coup soudain d’aquarelle verte qu’on aurait renversée sur un carrelage blanc et froid. C’est peut-être un peu pour ça que je l’aime bien !

Alors forcément, j’y pense, je note, et j’essaie de tout prévoir pour ne pas être submergée par le printemps. Parce que pour les jardiniers en tout genre, printemps rime avec « pas l’temps ! ». On se retrouve à tout avoir à faire en même temps, et pour peu qu’on prenne du retard, on le garde jusqu’en septembre 😉

Une des tâches les plus chronophages au printemps, c’est de protéger tous ces futurs légumes au stade minipousse fragile, des mauvaises herbes/indésirables/adventices qui elles, étaient là avant, ont de la bouteille, et ne comptent pas se laisser tirer les racines si facilement… Oui, désherber… C’est vrai qu’au départ, ces herbes là, moi je les trouve plutôt sympa. C’est elles qui préparent le terrain, qui font qu’il est meuble et nutritif, qui le protègent du dessèchement, qui filent du pollen aux abeilles et que sais-je encore ! En plus, une grande partie d’entre-elles est comestible, et même bonne. Que demander de plus ? Une digression sur la valeur des plantes légumières d’aujourd’hui ? C’est parti !

Car c’est bien là la subtilité : l’Homme ne se contente plus de consommer ce qui lui tombe sous la main pour se nourrir (et tant mieux, parce qu’en général, ça ne tombait pas souvent !), et depuis des siècles il travaille à la sélection de plantes pour identifier, isoler et développer les meilleures, que ce soit au niveau gustatif et productif. Et là je ne parle pas de modifications génétiques, mais bien de sélections. C’est à dire qu’à partir d’une plante sauvage, les Hommes ont gardé les graines de leurs plants favoris, puis les ont reproduits, les ont bouturés, croisés, en gardant sur chaque génération les graines des plantes les plus savoureuses, les plus résistantes au froid, ou encore les plus fournies en gousses… bref, un long et incroyable travail de sélection, fondé sur de multiples critères de qualité. Et ce travail a permis de développer une multitude de légumes, eux même déclinés en une multitude de variétés… c’est une richesse incroyable que l’Homme a su tirer de la nature, sans l’appauvrir (j’ai envie d’ajouter, « pour une fois ! »).

Alors oui, ce serait super de pouvoir revenir à une alimentation « sauvage » tirée directement de la nature (ça a tout plein d’intérêts, et je vous en parlerai plus en détails !), mais ce serait aussi dommage d’abandonner les légumes cultivés, et de réduire à néant tous les parcours de sélections effectués par nos ancêtres, en limitant la production, la commercialisation et donc la consommation mondiale de légumes à trois variétés de tomates, patates et carottes sélectionnées uniquement sur des critères de rentabilité économique… Ces pratiques d’agriculture mondialisée ne mènent qu’à l’appauvrissement des spécificités locales, des goûts et des nutriments, bref de la Vie, y’a pas d’autres mots.

Vous allez me dire, c’est quoi le rapport entre le désherbage et la protection des variétés de légumes ?! C’est simple, la seule façon de préserver la multitude de variétés de légumes qui existe, c’est de trouver leurs graines, et de les multiplier en les cultivant dans un milieu adapté… et donc souvent en désherbant. Car ces variétés sont généralement peu bagarreuses, et pas forcément adaptées au terrain où l’on se trouve, contrairement aux herbes sauvages qui s’y sont installées depuis des générations. Cruel dilemme, faut-il profiter des herbes déjà adaptées à notre terrain, ou s’échiner à y apporter nos variétés sélectionnées ? Les deux bien sûr ! En maintenant en place des plantes sauvages, on peut profiter de leurs atouts, et réserver des places spécifiques aux variétés cultivées qui auront toute notre attention. On dit souvent qu’il faut bien désherber tout le jardin, pour que les plantes sauvages ne reprennent pas le dessus l’année suivante parce que leurs graines auront frayé leur chemin jusqu’aux planches de culture… c’est vrai, les plantes sauvages reprendraient le dessus, mais pourquoi vouloir les éradiquer ? Et quand bien même elles ne seraient plus présentes sur mon terrain cultivé, elle sont partout autour ! (et tant mieux !). Alors plutôt que de vouloir désherber jusqu’au moindre brin d’herbe pour installer ses légumes, et d’y passer des heures incalculables, pourquoi ne pas accepter les herbes sauvages et désherber au minimum, pour installer ses légumes sans perdre son temps ?

Les plantes sauvages ont leurs intérêts, et pas seulement gustatifs ou nutritifs, mais bien des intérêts liés aux techniques culturales des légumes sélectionnés. Tout d’abord, elles aèrent le sol, par leurs racines. Par ce même biais, elles remontent du sol tout un tas de minéraux parfois inaccessibles aux légumes, et qui sont soit directement utilisables (des sortes de transmissions racines-racines de proche en proche), soit assimilables après décomposition de l’herbe sauvage. Elles protègent le sol de l’assèchement, de l’érosion, et apportent un ombrage bénéfique aux premiers développements du futur légume. Elles nourrissent les « indésirables » du jardin, et minimisent ainsi leurs attaques sur les légumes cultivés. Elles attirent les abeilles et autres insectes pollinisateurs et favorisent donc la pollinisation des légumes, de même avec les insectes prédateurs comme les coccinelles… Et bien d’autres choses que l’on n’imagine peut-être même pas. On parle souvent de compétition entre les plantes. C’est vrai qu’elle existe parfois, mais ce que l’on connaît moins, c’est la symbiose qui unit les plantes d’un même écosystème, autrement dit l’entraide entre plusieurs espèces différentes vivant au même endroit. C’est encore peu expliqué scientifiquement, et encore moins vulgarisé, mais les plantes interagissent, et pas uniquement pour se faire concurrence, mais bien pour profiter des avantages des unes et des autres, améliorer leur milieu de vie et ainsi favoriser leur survie et celle de leur descendants. Nos légumes aussi interagissent, et si l’on parle souvent de « plantes compagnes » au jardin, c’est bien que les effets d’associations peuvent être bénéfiques à court terme. Intégrer les sauvages au jardin, c’est ainsi profiter d’un système naturel efficace, tout en minimisant son travail de désherbage… Elle est pas belle la vie 😉

Je vous l’accorde, une fois cette idée adoptée, on n’est pas sortis de l’auberge ! Concrètement, comment préserver un milieu sauvage et y intégrer ses variétés légumières ? J’ai beaucoup potassé le sujet, à essayer de trouver la solution idéale. Évidemment, elle n’existe pas, ce serait trop simple. Mais les choix que j’ai fait sont -je l’espère- en adéquation avec cette conception d’acceptation du sauvage 😉

Une des premières techniques que je vais mettre à l’épreuve, et le désherbage par occultation. Cela consiste simplement à couvrir le sol -et les herbes qui s’y trouvent- avec un matériau opaque, pendant au moins trois semaines. Tout de suite, ça semble radical. Et ça l’est. Mais tout l’intérêt de cette technique est qu’elle peut être utilisée sur une surface minime. Ainsi, sur les 3000 mètres carrés disponibles dans mon jardin, je vais délimiter mes zones de cultures en plusieurs « lopins » de 40 mètres carrés, dont 30 mètres carrés de culture et 10 d’allées. Le reste sera entièrement laissé au bon vouloir des plantes sauvages. Au total, ce sera au moins un tiers du terrain qui sera ainsi préservé dans son état sauvage.

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Les lopins bâchés (je vous ai déjà parlé de mon terrain pentu ?!)

Mes lopins seront indépendant les uns des autres, comme des petits îlots de culture au milieu d’une forêt d’herbes sauvages. Cela permet de ne pas complètement séparer les espaces « culture » des espaces « sauvages » et donc de profiter plus facilement des avantages de ces derniers. Les zones de culture seront donc couvertes d’une bâche d’occultation au moins 3 semaines avant la mise en culture, et ce chaque année. Le premier désherbage est ainsi facilité : les plantes se trouvant sous la bâche ne peuvent se développer sans lumière, elles dépérissent. Les graines qui se trouvaient prêtes à germer le font sous l’action de la chaleur, et leurs pousses dépérissent également par manque de lumière. Une fois la bâche retirée, les herbes et les pousses sont plus faciles à enlever, et le sol -resté bien meuble- a été réchauffé, et est donc prêt à accueillir des plants ou des semis. Les désherbages suivants sont facilités, par la pré-germination d’une majorité des graines sauvages lors de la phase d’occultation. Il ne reste plus qu’à passer régulièrement autour des légumes pour désherber au stade jeune pousse les quelques herbes sauvages survivantes.

Le désherbage est ainsi limité exclusivement aux zones cultivés. Les allées les plus passantes sont consolidées par un pavage en ardoises ou des planches en bois, et les autres sont laissées à l’état sauvage, juste fauchées ou tondues régulièrement pour faciliter les allées et venues. Le sol n’est ainsi jamais à nu.

Minimiser son impact sur le terrain de culture est toujours délicat. On ne peut pas rendre nos actions complètement neutres et l’effet de notre occupation du sol est forcément négatif (piétinement, tassement, arrachement…). Mais on peut, en faisant quelques compromis, limiter cet impact négatif à des surfaces réduites, et ainsi préserver au maximum le sol vivant qui compose notre terrain. C’est de ce sol vivant dont dépendent nos cultures. Un sol « mort », sans faune et sans champignons, tassé et mal oxygéné, sans décomposition et activité microbienne, ne peut pas convenir à long terme, aux fragiles plantes légumières.

4 Commentaires

  1. Unes bonne équipe de campeurs, c’est ça qu’il te faut pour occulter sur des petites parcelles !!

    En plus la chaleur des campeurs la nuit sera idéale, matelas isothermes interdits !

  2. Bonjour, je me posais seulement la question de l’impact de cette pratique sur la micro faune du sol. Ne pensez-vous pas qu’elle en détruit une partie puisque le sol bénéficie d’un peu moins de lumière et de moins d’oxygène ?
    Par ailleurs, je me demandais si vous utilisiez cette technique pour toutes les cultures comme le choux, les salades qui ne subissent généralement pas trop de concurrence, ou seulement pour les cultures « gourmandes » comme les carottes, aubergines, panais.
    Merci pour cet article intéressant.

    Bonne journée
    G.

    • Cécile, de la Ferme du champ perché

      Bonjour Girafe,

      Je pense effectivement que la pose de bâche a un effet négatif sur la micro faune du sol. Il n’y a plus de lumière, beaucoup moins d’air, et surtout, la température augmente beaucoup ! Cela doit avoir un impact non négligeable, au moins sur les premiers centimètres de sol.
      Mais ce qui est difficile, c’est de quantifier cet impact. Les vers de terre par exemple, doivent être assez peu touchés… Ils parcourent tellement de distance chaque jour, que je suppose que si les conditions ne sont pas idéales, ils migrent vers une zone plus favorable. Ça doit être la même chose pour les insectes, et j’ai pu observer que les fourmis ont plutôt apprécié le changement en installant leurs fourmilières bien au chaud !
      Finalement, c’est toujours la même chose, c’est pour ce qui est invisible à nos yeux qu’on a du mal à imaginer l’impact… J’aime à penser qu’en bâchant de petites surfaces, on permet aux différents micro-organismes de recoloniser rapidement la « zone sinistrée » à partir des zones préservées.
      C’est pour cela que je pense que cette technique devrait être appliquée avec modération 😉 Les bâches ne devraient être laissées au sol que le temps minimal nécessaire. Si cela vous intéresse, j’ai poursuivi la réflexion sur cette technique dans cet article :

      Et oui, j’ai utilisé cette technique pour toutes mes plantes ! Comme je partais d’une prairie bien dense, et que j’espérais ouvrir une surface assez importante à la culture, j’ai choisi la facilité, en posant des bâches sur chaque zone de culture. Et puis, je pratique les cultures en association, aussi pois, laitues, carottes, radis, choux, se partagent les mêmes zones, alors avec la bâche, pas de jaloux 😉

      C’est moi qui vous remercie ! 🙂

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